EUROPE - Alors que les énergies renouvelables sont sur toutes les lèvres suite à la catastrophe de Fukushima, le numéro un mondial de léolien Vestas licencie à tour de bras.
Depuis la catastrophe de Fukushima et les débats sur la sortie du nucléaire, le terme «énergies renouvelables» est à la fête. Solaire, biogaz et éolien font lobjet de toutes les attentions et de tous les espoirs. Dans ce contexte écolo-euphorique, lannonce de Vestas est arrivée comme un cheveu sur la soupe: le numéro un mondial de léolien prévoit de licencier 2335 employés cette année, dont une majorité au Danemark. Le groupe danois nexclut pas de biffer 1600 postes supplémentaires aux Etats-Unis dans un second temps.
En trois ans, cest la troisième fois que Vestas, lune des fiertés nationales aux côtés de Lego, taille dans ses effectifs, qui comptent actuellement plus de 23000 personnes. But de ce nouveau dégraissage? Contribuer à la réduction des coûts fixes de 150 millions deuros dici la fin 2012. La direction a annoncé au début du mois quelle revoyait pour la deuxième fois consécutive ses prévisions de résultats pour 2011 à la baisse, à 6 milliards deuros, contre respectivement 7 puis 6,4 milliards.
Le cas de Vestas, dont laction a par ailleurs chuté de près de 90% depuis 2008, met le doigt sur les rafales qui secouent le milieu de léolien européen. Après des années dinsouciance dues à une croissance incessante, les entreprises se heurtent désormais à plusieurs écueils, alors même que la demande mondiale continue à exploser. Tour dhorizon.
Baisse de la manne publique
Crise de la zone euro et ralentissement de léconomie mondiale obligent, les investissements publics dans le secteur des énergies renouvelables se font plus prudents, comme lont rappelé des experts réunis à Abu Dhabi il y a deux semaines.
En ce qui concerne lEurope, les spécialistes pointent notamment du doigt lAllemagne et lEspagne. Alarmé, le Danemark, qui assure la présidence tournante de lUE, a dailleurs fait des questions d'énergie et d'environnement les priorités de son mandat.
Mais cest doutre-Atlantique que vient la plus grande menace pour les entreprises européennes actives dans léolien. A la fin de cette année, les autorités américaines pourraient mettre un terme à leur programme de subventions aux énergies renouvelables, le PTC. Ce dernier prévoit que les opérateurs de turbines reçoivent soit un crédit dimpôt de 2,2 cent par kilowattheure (kWh) produit, soit un rabais fiscal de 30% sur linvestissement de départ.
Si le gouvernement décide bel et bien de renoncer au PTC, la pilule sera très amère pour Vestas et ses concurrentes du Vieux-Continent. Car vu la dégringolade du prix du gaz naturel aux Etats-Unis, il paraît inévitable que de nombreux fournisseurs se tourneront plutôt vers cette source dénergie. Or, «en 2010, les entreprises européennes se sont attribué plus de 30% du marché de léolien américain», souligne Julian Scola, de lAssociation européenne de lénergie éolienne (EWEA).
Concurrence chinoise
«La globalisation est à double tranchant pour les groupes éoliens européens: ils exportent davantage vers les autres continents mais subissent de plein fouet la concurrence, chinoise en tête», relève Julian Scola. LEmpire du milieu est un marché gigantesque, qui a longtemps fait les choux gras des constructeurs étrangers. Ces dernières années, les entreprises du cru ont néanmoins atteint un niveau technologique qui, couplé à des prix très doux, leur permet de sarroger une copieuse part du gâteau national.
Pour linstant, cette compétition ne déborde pas (trop) en terres occidentales. «Les fabricants chinois ne maîtrisent pas encore la qualité et les codes techniques européens», souligne lex-conseiller national et grand connaisseur de lénergie éolienne Rudolf Rechsteiner. «Mais dici quelques années...»
Boom de loffshore
Selon les spécialistes, léolien en mer devrait atteindre une capacité située entre 30 et 40 gigawatts (GW) en Europe dici 2020, contre 2,9 fin 2010 (voir ci-contre). «Le gros du marché se situe certes encore sur terre, mais les cartes commencent à se redistribuer depuis deux ans», commente Lionel Perret, de Suisse Eole.
Or, la réalisation des mastodontes qui équipent ces parcs offshore est extrêmement gourmande en capital. «Cest lun des problèmes de lentreprise Vestas: elle sest adaptée à la nouvelle donne en développant une éolienne dune capacité de 7 mégawatts (MW) et dun diamètre de 164 mètres. Son carnet de commandes est plein. Mais le projet est extrêmement coûteux et les délais dinstallation sont longs», commente Rudolf Rechsteiner.
A léchelle mondiale, la capacité des installations éoliennes devait dépasser les 240 gigawatts (GW) à la fin 2011, couvrant près de 3% de la demande en électricité, selon lassociation mondiale de lénergie éolienne (WWEA). La puissance installée a doublé en trois ans. Les principaux pays dans le vent sont la Chine (52GW), les Etats-Unis (42 GW), lAllemagne (28 GW), lEspagne (21 GW) et lInde (14 GW), qui totalisaient les trois quarts des capacités mondiales à la fin juin 2011. La Chine connaît la progression la plus spectaculaire, avec 8 GW en six mois, correspondant à 43% du marché mondial des nouvelles turbines. Désormais, au moins 86 pays se sont mis à léolien, la croissance étant particulièrement forte dans les anciens Etats du bloc de lEst.
Dans lUnion européenne, la capacité éolienne installée était de 84 GW à la fin 2010. La croissance éolienne sest poursuivie à la hausse dans la plupart des pays européen en 2011. Léolien offshore (en mer), encore largement minoritaire (environ 4%), gagne 866mégawatts (MW) de puissance en 2011 grâce à 235 nouvelles turbines, installées surtout dans les eaux britanniques, selon lAssociation européenne de lénergie éolienne (EWEA). Jusquà présent, 1371 éoliennes offshore ont été connectées au réseau européen, totalisant une puissance de 3813 MW (3,8 GW) dans 53 parcs éoliens de dix pays de lUE. Neuf parcs éoliens offshore actuellement en construction amèneront 2375 MW supplémentaires, augmentant de 62% la capacité totale de lénergie offshore de lUE. Ce boom de léolien en mer devrait se prolonger ces prochaines années, si lon en croit les prévisions de lEWEA, qui table sur une capacité offshore de 40 GW dici 2020, suffisant pour assurer environ 4% de la consommation totale délectricité de lUE.
En Suisse, la puissance totale installée est actuellement de 45,5 MW, grâce à trente grandes éoliennes réparties sur neuf sites, dans les cantons de Berne, Jura, Valais, Uri, Lucerne et Soleure, ainsi quà une vingtaine de petites installations. La production annuelle délectricité estimée avec la capacité actuelle est de 80 gigawattheures (GWh), soit la consommation de 23000 ménages, selon lassociation Suisse Eole. Plus de cent nouvelles éoliennes sont en planification à lhorizon 2012-2016. Leur réalisation permettrait de fournir 150000 ménages en électricité.