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14.01.2012 - 24 Heures

Le premier parc éolien vaudois enfièvre les esprits

STE-CROIX - Rumeur de corruption, éclats de voix, sifflets: le débat sur les six éoliennes projetées a révélé un climat tendu à trois semaines dun vote consultatif.
La soirée avait été placée sous le patronage bienveillant du philosophe Jean-Jacques Rousseau, dont on célèbre cette année le 300e anniversaire de la naissance. Une manière de rappeler que le respect dautrui est le fondement dun bon débat démocratique. Las, celui qui sest déroulé à Sainte-Croix jeudi a été parasité par des réactions émotionnelles: sifflets, applaudissements impromptus, éclats de voix et noms doiseaux chuchotés dans les rangs. Cest quon y parlait éoliennes. Un sujet qui fâche.
Environ 300 personnes ont pris place dans la salle communale. Les conseillères dEtat Jacqueline de Quattro (PLR) et Béatrice Métraux (Les Verts) ont répondu à linvitation de la Municipalité, accompagnées du conseiller national Roger Nordmann (PS), fin connaisseur du dossier énergétique. Tout ce beau monde étant très favorable au futur parc éolien. Et, bien sûr, Romande Energie était aussi représentée pour évoquer son projet: six mâts un septième a été abandonné cette semaine pour tenter dapaiser les esprits répartis sur le Mont-des-Cerfs et la Gittaz-Dessous. Le premier est prévu à 640 mètres des habitations les plus proches.
Commune déchirée
A trois semaines dun vote consultatif qui permettra aux habitants de dire clairement ce quils pensent de ce projet, le plus avancé du canton, les opposants se font plus que jamais véhéments. Sil fallait une preuve que le climat local est empoisonné par ce dossier, cest Franklin Thévenaz qui la apportée en ouvrant la séance. Le syndic a dû démentir que la Municipalité avait touché un pot-de-vin de Romande Energie. Cette rumeur qualifiée de «diffamatoire» avait été relayée la veille auprès des édiles via un e-mail accusateur. Une péripétie de plus en marge dun dossier vieux de quinze ans, qui déchire Sainte-Croix au point de briser des amitiés.
A lheure des questions, ce sont les opposants qui ont été les plus nombreux à sexprimer. Tous nen ont dailleurs pas eu loccasion, ce qui a provoqué quelques remous. Esthétisme, nuisances sonores et impact sur la cote des biens immobiliers sont les principales craintes. «On ma dit que la maison que lon vient de construire allait perdre un tiers de sa valeur. Pourra-t-on obtenir un dédommagement si cest le cas?» a demandé une habitante. Pierre-Alain Urech, directeur de Romande Energie: «Je nai aucun exemple de cas où la présence dune éolienne a détérioré la valeur dun bien immobilier. » Les deux conseillères dEtat sont, elles, restées en retrait du débat. Béatrice Métraux a esquivé lunique question qui lui a été adressée en sortant un joker: «Je ne suis conseillère dEtat que depuis hier matin. Alors je vais laisser le chef du Service du développement territorial ici présent vous répondre. » Les ministres ont de toute manière été peu interpellées. En fait, cela arrangeait bien Jacqueline de Quattro: «Nous sommes venues volontiers pour répondre aux questions relevant de la procédure devant les services cantonaux, mais nous ne souhaitons pas intervenir dans un débat communal», glissera-t-elle à lissue de la soirée, avant de séclipser en déclinant toute interview.
Un peu plus tôt, la ministre aura quand même eu loccasion de botter en touche la question qui taraude les Sainte-Crix: que se passera-t-il sils sont une majorité à rejeter lénergie éolienne au soir du 5 février, date du scrutin? «Cest un vote consultatif, mais, politiquement, il aura une influence sur la suite», résume-t-elle. Bref, pas de plan sur la comète: tout dépendra du score, victoire ou défaite, et de son ampleur. Le Conseil dEtat doit en effet valider ou pas le plan partiel daffection consacrant le parc éolien, auquel 1674 personnes de toute la Suisse se sont opposées.
La Municipalité a, elle, déjà déclaré quelle refusera doctroyer le permis de construire à Romande Energie si le non lemporte. Ce qui pourrait suffire à torpiller pour de bon le parc éolien, et ramener peut-être la sérénité sur le balcon du Jura.
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